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Depuis 1883

Histoire de l’enseignement de l’occitan
à l’Université de Toulouse

La romanistique qui est à la fois un mouvement de chercheurs et l'ensemble des études consacrées aux langues romanes en diachronie et en synchronie, fut le vecteur des études occitanes à l'université de Toulouse. C'est dans le cadre de cette discipline que s’est établi et développé l’enseignement de ce que nous appelons de nos jours l’occitan à l’université de Toulouse.

L’influence des créateurs modernes de la romanistique, le Provençal Marie-Juste Raynouard (1761-1836), l’Allemand Friedrich Diez (1794-1896), l’Albigeois Henri-Paschal de Rochegude (1741-1834), se fait sentir à Toulouse dans le courant du XIXe siècle : le médecin érudit et bibliophile Jean-Baptiste Noulet (1802-1890), découvre la littérature occitane des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles et édite les œuvres de Godolin (1887). Son ami et rival Tibulle Desbarreaux-Bernard (1798-1880) sauve de nombreux textes de l’oubli. À ces noms, on peut ajouter celui de Félix Gatien-Arnould (1800-1886), premier éditeur du manuscrit médiéval des Leys d’amors (1841-1843), maire de Toulouse en 1848 et 1870.

En France, l’étude des langues romanes à l’université s’organise très lentement, tout d’abord autour de deux pôles principaux : à Montpellier avec de la Société pour l'études des langues romanes, fondée en 1869, avec la Revue des langues romanes, et à Paris, autour de la revue Romania créée en 1872 par les romanistes Gaston Paris (1839-1903) et Paul Meyer (1840-1917).


Antoine THOMAS (1857-1935)

Au moment où est créée la première chaire d'études romanes à Toulouse, il existe deux autres chaires de ce type : une à Lyon occupée depuis 1876 par Léon Clédat (1850-1930) et une autre à Montpellier tenue depuis 1878 par Camille Chabaneau. La « chaire de langue et de littérature de la France méridionale» de l’université de Toulouse est occupée à partir de 1883 par Antoine Thomas, né dans la Creuse (Yrieix-la-Montagne).
Fondateur des Annales du Midi, Thomas occupe son poste à Toulouse jusqu'en 1888, date à laquelle il remplace à la Sorbonne son ami Arsène Darmesteter. Étymologiste, directeur de philologie romane à l'École Pratique des Hautes Études, Antoine Thomas, rédige les notices étymologiques du Dictionnaire général de la langue française du commencement du XVIIe siècle à nos jours, précédé d’un Traité de la formation de la langue de Hartzfeld et Darmesteter (Paris, Delagrave, 1864).

Il publie notamment :

1888, Poésies complètes de Bertran de Born ; publiées dans le texte original avec une introduction, des notes, un glossaire et des extraits inédits du cartulaire de Dalon, Privat, Toulouse.
1897, Essais de philologie française, Paris, Bouillon.
1925, La chanson de Sainte Foi d’Agen, poème provençal du XIe siècle, éd. d’après le ms. de Leyde avec fac-similés., traduction, notes et glossaire, Paris, H. Champion.

Alfred JEANROY (1859-1954)


Lorsque Antoine Thomas quitte Toulouse pour Paris, Alfred Jeanroy lui succéde à la chaire toulousaine de «langue et littérature méridionales» en 1889. Jeanroy, né en 1859 dans la Meuse, entre à l'École Normale Supérieure et soutient une thèse sur l'origine de la poésie lyrique.
L'art des Troubadours est son monde ; il enseigne la langue occitane et la littérature médiévales. Sa bibliographie qui compte plus de 600 titres est impressionnante. Elle fait de lui un médiéviste de référence par l'étendue de ses recherches et les nombreuses éditions de textes des troubadours qu'il réalise. Il publie les poésies de certains troubadours parmi les plus célèbres, Guillaume IX d'Aquitaine, Marcabru, Cercamon.
On ne peut donner ici que quelques uns de ses titres les plus significatifs :

1893, Mystères provençaux du quinzième siècle, publ. avec une introd. et un gloss. par A. Jeanroy et H. Teulié, Toulouse, Privat.
1913, Les chansons de Guillaume IX, duc d’Aquitaine (1071-1127), Paris, Champion.
1914, Les Joies du Gai Savoir. Recueil de poésies couronnées par le consistoire de la Gaie Science (1324-1484), publ. avec la trad. de J.B. Noulet, rev. et corr. ; une introd., des notes et un glossaire, Toulouse, Privat / Paris, Picard.
1922, Les Poésies de Cercamon, Paris, Champion.
1924, La geste de Guillaume Fièrebrace et de Rainouart au Tinel, d’après les poèmes des XIIe et XIIIe siècles, Paris, de Boccard.
1934, La poésie lyrique des troubadours, Toulouse, Privat / Paris, Didier.
1945, Histoire sommaire de la poésie occitane. Des origines à la fin du XVIIIe, Toulouse, Privat / Paris, Didier.
1957, Jongleurs et troubadours gascons des XIIe et XIIIe siècles, Paris, Champion.

Joseph ANGLADE (1868-1930)

Le tournant du siècle est marqué pour la romanistique toulousaine par l'arrivée de Joseph Anglade. Il transforme les études occitanes à l'Université de Toulouse et leur fait prendre un nouvel essor. Grâce à son engagement, les conditions nécessaires au développement de l'occitan à la faculté des lettres de Toulouse sont créées. Joseph Anglade, né à Lesignan dans l'Aude, a fait ses études à Montpellier auprès de Camille Chabaneau. Lui aussi est médiéviste. Il est l’auteur d’une thèse sur Guiraud Riquier qui a été bien reçue. Il a complété sa formation au contact d'Emil Levy, lexicographe allemand de la langue médiévale, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau.
Joseph Anglade enseigne dans les lycées de Béziers, Tulle, La Roche-sur-Yon, Montpellier et Bordeaux ; il est ensuite nommé maître de conférences à Rennes, puis à Nancy, un véritable tour de France en attendant de remplacer Jeanroy à Toulouse. Une fois titulaire de la chaire, il enseigne la langue et la littérature occitanes. Parallèlement, il bâtit l'Institut d'Études Méridionales. C’est lui qui en fournit le fonds. Il en fait le lieu d'études et de recherches de nombreux étudiants et de savants, médiévistes, linguistes.
L'Institut d'Études Méridionales est non seulement une impressionnante bibliothèque fondée par Anglade et enrichie par de prestigieuses collections bien souvent léguées, mais c'est aussi dès les années 1920 un lieu de rencontres et d'échanges entre étudiants et professeurs, entre Occitans et Catalans, d'où va naître une émulation qui donnera naissance à l'association des «Estudiants Ramondenc », ancêtre de l'actuelle association estudiantine Òsca Miralh. C'est également de l'Institut d'Études Méridionales que l'on part vers les écoles catalanes d'été à Ripoll, que l'on forme des jeunes auteurs pour la revue du Gai Saber, que l'on prépare la formation de la Société d'Études Occitanes.
Joseph Anglade se préoccupe aussi de la formation de "la relève": Henri Gavel, Jean Seguy, Louis Alibert, Joseph Salvat et bien d'autres. Il meurt en 1930 après avoir longuement débattu de la nomination de la langue. Au lieu du terme traditionnel mais ambigu de provençal, Anglade emploie désormais le terme d'occitan qui souligne l’unité de la langue et en exprime clairement l’extension. Par la suite l'adoption de ce terme, attesté au Moyen âge, par les romanistes représente sociolinguistiquement parlant une avancée importante.

Quelques éléments de bibliographie :

1913, La bataille de Muret : 12 septembre 1213, Toulouse, Privat / Paris, Champion.
1913, Les poésies de Peire Vidal, Paris, Champion.
1919-1920, Las leys d’amors, manuscrit de l’Académie des jeux floraux, Études, notes, glossaire et index, Toulouse, Privat, 1920, 4 vol.
1921, Histoire sommaire de la littérature méridionale au Moyen Âge. Des origines à la fin du XVe siècle, Paris, E. de Boccard,
1921, Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc. Phonétique et morphologie, Paris, Klincksieck.
1922, Les troubadours. Leurs vies, leurs œuvres, leur influence, Paris, Armand Colin.
1927, Anthologie des troubadours, Paris, E. de Boccard.
1928, Les troubadours de Toulouse, Toulouse, Privat / Paris, Didier.
1930, Pour étudier les troubadours. Notice bibliographique, Toulouse, Privat / Paris, Didier.

Henri GAVEL (1880-1960)

Après une licence d'allemand à Poitiers, Henri Gavel (1880-1960) s'installe à Toulouse où il prépare une licence, puis l'agrégation d'espagnol. Il remplace Joseph Anglade à la mort de celui-ci (1930). Gavel nous fait dépasser les limites de la Romania puisque c'est un basquisant. Il consacre ses travaux au castillan, au basque et à l'occitan. Henri Gavel demeure très discret tant dans son enseignement qu’au sein de l'Institut d'Études Occitanes auquel il appartiendra.

1920, Éléments de phonétique basque, Paris, Champion.
1920, Essai sur l’évolution de la prononciation du Castillan depuis le XIVe siècle, d’après les théories des grammairiens et quelques autres sources, Paris, Champion.
1926, Poésies gasconnes, Larrebat, Justin / Nouv. éd. annotée, Paris, Champion.
1942, Recommandations concernant la graphie à utiliser pour l’enseignement facultatif de la langue d’Oc, Toulouse, Privat.

Jean SEGUY (1914-1973)

Puis vint Jean Séguy qui à son tour rénovera complètement les études occitanes au sein de l'Université. Non seulement c'est un changement radical auquel on assiste après le lancement de Gavel, mais une avancée prodigieuse. Jean Séguy va s’écarter de la tradition des universitaires romanistes pour ouvrir la voie à de nouvelles recherches en dialectologie. Mais il ne s'arrête pas à la réalisation des Atlas linguistiques de la Gascogne — labeur dont Albert Dauzat le charge — il travaille sur de nouvelles méthodes d'investigations en matière de dialectologie et devient avec son disciple Xavier Ravier un des piliers de la dialectologie moderne. Ainsi, comme les débuts de la romanistique, ceux de la dialectologie moderne en France sont toulousains.
Il est important de noter qu'avec Jean Séguy l'intitulé de la chaire qu'il occupe à la faculté des lettres change pour devenir «chaire de linguistique et philologie romanes».
Les Bulletins de l’Université de Toulouse nous éclairent sur les cours que donne Jean Séguy. Pierre Bec (Petite anthologie de la Lyrique Occitane du Moyen Âge), la Mirèio de Frédéric Mistral, Lo Gojat de Novémer Manciet, le recueil Vesper e la luna dels fraisses de René Nelli, sont au programme. Un second cours de «Linguistique et ethnographie» traite de la phonétique et de la morphologie de l’ancien occitan, d'éléments de géographie linguistique, d'onomastique occitane, des aires phonétiques de la Gascogne et du cycle de carnaval dans les Pyrénées. Toutes les époques littéraires seront couvertes par l'enseignement de Séguy puisqu'il traite également des œuvres de Bellaud de La Bellaudière et de Pey de Garros.
Ce changement qui se résume dans la nouvelle dénomination de la chaire fait entrer le terme «linguistique» et donne en même temps une plus grande place à la littérature moderne et contemporaine. L'enseignement se tourne enfin vers la linguistique de la langue contemporaine, vers l'onomastique, l'histoire, etc. Il faut reconnaître le tour de force qu’en publiant Le français parlé à Toulouse (1950, Privat) Séguy montre combien l'occitan qui connaît un certain déclin dans la ville rose d’après-guerre rentre en force dans la langue française. Il identifie ainsi un français régional toulousain qu'une branche de la sociolinguistique appellera le «francitan».

1950, Le français parlé à Toulouse, Toulouse, Privat.
1953, Les Noms populaires des plantes dans les Pyrénées centrales, Barcelona, C.S.I.C. Instituto de estudios pirenaicos.
1954-1973, Atlas linguistique et ethnographique de la Gascogne, Paris, Ed. du Centre National de la Recherche Scientifique.
1978, Poèmes chantés des Pyrénées gasconnes, textes réunis et présentés par Xavier Ravier et Jean Séguy, Paris, Éditions du C.N.R.S.

Ainsi les études occitanes à l'Université de Toulouse ont trouvé un nouvel essor avec l'ouverture de l'Université de Toulouse-Le Mirail. Un cursus complet a vu le jour. La tradition des études occitanes est perpétuée par la suite par des enseignants comme Christian Anatole (littérature comparée) et des professeurs qui ont pour nom Jacques Allières, Jean-Louis Fossat et Xavier Ravier.

Bibliographie

THOMAS, Joan, Lingüistica e renaissentisme occitan, Puèglaurenç, Institut d'Estudis Occitans, 2006.
THOMAS, Jean, « Orientations et influences de la Revue des langues romanes à la lecture statistique de ses sommaires », Revue des langues romanes 105, 2001.
GUITER, Henri, « La chaire de langues et littératures romanes (1878-1978) », L'Université de Montpellier, ses maîtres et ses étudiants depuis sept siècles (1289-1989), Actes du 61e Congrès de la Fédération Historique du Languedoc Méditérranéen et du Roussillon (Montpellier, 23 et 14 août 1989), Montpellier, F.H.L.M.R., 1995.
BERGOUNIOUX, Gabriel, Aux origines de la linguistique française, Paris, Pocket, 1994.
ROQUES, Gilles, « Antoine Thomas, étymologiste », in J.-P. Chambon et G. Lüdi (éds) avec la collaboration de H.-M. Gauger, F. Lestringant, G. Pinault, Discours étymologiques. Actes du Colloque international organisé à l'occasion du centenaire de la naissance de Walther von Wartburg (Bâle, Freiburg im Breisgau, Mulhouse, 16-18 mai 1988), Tübingen, Niemeyer, 1991.

rédigé par Jean francois Courouau

mise à jour le 9 juillet 2016


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